Suzanne au bain

Installation vidéo – couleur – 14 minutes en boucle – 18 photos

 

 

Installation et performance vidéo : actions avec le réel
Deux  moniteurs empilés
Durée : 14’ couleur

Dans une pièce, sur une table de jardin : boîtes de mouchoirs imprimés de photos du circuit de retraités en vacances et d’un abattoir.

Tables et chaises de jardin, caillebotis sur tréteaux : documents de photos – bouteille de vin –  gobelets et olives posés sur une table de jardin.

L’artiste accompagne un groupe de retraités en vacances effectuant un circuit touristique en Juin 1997.

Son : bruitages dans la salle de bain de l’artiste
Fond sonore : personnes âgées membres du circuit

Ecran 1 du haut
Lieu : Abattoir salle des moutons
Premier plan :  autoportrait de l’artiste comme si elle était dans sa salle de bain

Second plan :  moutons pendus
Ecran 2 du bas
Extraits copie vidéo d’un des membres du circuit touristique
Premier plan et second plan : Arrêts sur images des retraités au bord de la piscine d’un hôtel

Proposition

Deux moniteurs sont posés l’un sur l’autre dans un petit espace comprenant des sièges pour les spectateurs. Les films vidéo sont projetés en même temps.

Une boîte de mouchoirs est mise à disposition sur une table ainsi que des olives et du vin. Sur chacun des mouchoirs sont imprimées des photos de Suzanne.
Le dispositif est inspiré de l’histoire de Suzanne et les vieillards, dans la Bible.

Suzanne au bain est en quelque sorte un portrait, un dédoublement de l’artiste ou bien un dévoilement ludique et grave entre l’objet du désir et la mort.
Les films vidéos présentent aussi un jeu de regard entre celui qui regarde et celui qui est regardé. Sur le moniteur du haut, on distingue, le portrait de Suzanne dans un abattoir ;

Sur le second moniteur, des extraits vidéos de monsieur J.P Mouton, membre retraité d’un circuit touristique en vacances au cours du mois de Juin 1997.
Carole Miroche a suivi le groupe de personnes âgées durant le séjour. Monsieur J.P Mouton, membre du circuit, a eu l’amabilité de donner une copie de son voyage.

L’histoire de Suzanne se passe à Babylone au début de la vie du prophète Daniel.
Il y avait un homme qui habitait Babylone et dont le nom était Joachim. Il prit une femme du nom de Suzanne, fille d’Helkias qui était belle et craignait le seigneur.

Un jour, deux anciens du peuple qui, cachés dans le jardin de Joachim, épiaient Suzanne se baignant. Les vieillards lui firent des propositions malhonnêtes suivies de menaces.

Les cris de Suzanne les forcent à prendre la fuite. Pour se venger les vieillards accusent Suzanne d’adultère : Suzanne aurait fauté avec Daniel.

Ce dernier convainc les juges de faux témoignages et les deux anciens se font lapider. L’histoire de Suzanne dans la Bible fut reprise du Quattrocento à nos jours par les peintres.

La question de la représentation du corps en tant que sacrifice domine. Le dispositif présente la lapidation des vieillards.
L’histoire de Suzanne invite à méditer sur une allégorie de la morale : chacun de nous est victime du temps et de ses désirs mitraillés par l’œil du caméscope.
Le spectateur comme le vieillard dévore du regard pour se faire avaler à son tour.
Bien que le lieu, la tenue de Suzanne s’inscrive dans la réalité, ces divers éléments, accessoires du quotidien, confrontés aux animaux pendus au second plan, donnent un caractère théâtral, intemporel.

Les deux moniteurs se répondent, tout comme Suzanne qui s’observe dans un miroir. Le désir et le sacré se confondent étroitement.

Celui qui regarde est invité à grignoter rituellement des olives en s’essuyant les mains sur des mouchoirs en papiers imprimés.
On regarde comme par le trou d’une serrure une Suzanne maîtresse de ses désirs, satisfaite et narcissique qui parfume consciemment les moutons égorgés derrière elle selon la tradition religieuse.

L’aspect du désir prend une dimension parodique, moqueuse des conventions judéo-chrétiennes.

Celui qui voit est-il toujours un voyeur ? Celui qui voit la vérité devient victime. Le monde n’est-il pas transformé dès lors qu’il est perçu ?

L’artiste visualise ce qu’elle voit mais que le spectateur ne voit pas. Derrière toute chose se cache la magie de l’argent et des échanges symboliques.

Les retraités dans la vidéo, victimes du consumérisme, deviennent  des objets à l’image des mouchoirs.

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